MANIFESTE DE DESOBEISSANCE

Manifeste de désobéissance



Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale s/c de l’inspecteur(trice) d’Académie

 



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Aujourd'hui 5 avril 2009, il y a 687 signatures électroniques enregistrées depuis le 4 décembre 2008

L'affichage des signataires ne sera possible qu'une fois atteint le seuil de 2000 signataires


 

Pour avoir écrit cette lettre à son inspecteur, Alain Refalo, professeur des écoles à Colomiers (31) est menacé de sanctions. Je tiens à vous faire savoir que je soutiens ce collègue et que, comme lui, je ne puis plus me taire !

C'est pourquoi je m'engage en toute conscience, dans la même démarche de désobéissance, car il est de mon devoir, en tant que personnel de l'Éducation nationale, de résister au démantèlement de ce service public.



Colomiers le 6 novembre 2008


Monsieur l'Inspecteur,

Je vous écris cette lettre, car aujourd'hui, en conscience, je ne puis plus me taire !
En conscience, je refuse d'obéir.

Depuis un an, au nom des indispensables réformes, un processus négatif de déconstruction de l'Éducation Nationale s'est engagé qui désespère de plus en plus d'enseignants. Dans la plus grande précipitation, sans aucune concertation digne de ce nom, au mépris de l'opinion des enseignants qui sont pourtant les « experts » du quotidien sur le terrain, les annonces médiatiques de « réformes » de l'école se succèdent, suscitant tantôt de l'inquiétude, tantôt de la colère, et surtout beaucoup de désenchantement et de découragement. La méthode est détestable. Elle témoigne de beaucoup de mépris et d'arrogance vis-à-vis de ceux qui sont les premiers concernés. La qualité d'une réforme se juge autant par son contenu que par la façon dont elle est préparée, expliquée et mise en œuvre. L'Éducation Nationale n'est pas l'armée ! Il n'y a pas d'un côté ceux qui décident et d'un autre côté ceux qui exécutent ! L'honneur de notre métier est aussi de faire œuvre de raison, de critique et de jugement.

Aujourd'hui, la coupe est pleine ! Le démantèlement pensé et organisé de l'Éducation Nationale n'est plus à démontrer tant les mesures décidées et imposées par ce gouvernement l'attestent au grand jour : des milliers de suppressions de postes qui aggravent une situation d'enseignement déjà difficile, la diminution du volume horaire hebdomadaire, la préférence accordée à la semaine de 4 jours, pourtant dénoncée par tous les chronobiologistes, l'alourdissement des programmes scolaires malgré une rhétorique qui prétend le contraire, la suppression des IUFM, la disparition annoncée des RASED alors qu'aucun bilan de leur action n'a été réalisé, la réaffectation dans les classes des enseignants travaillant dans les associations complémentaires de l'école, ce qui mettra à bas grand nombre de projets éducatifs dont l'utilité n'est plus à démontrer, la mise en place d'une agence chargée du remplacement avec l'utilisation de vacataires, la création des EPEP où les parents et les enseignants seront minoritaires dans le Conseil d'Administration, la dévalorisation du métier d'enseignant dans les écoles maternelles et les menaces qui pèsent sur celles-ci, la liste est longue des renoncements, des coupes franches et finalement des mauvais coups portés à notre système éducatif. Sans compter, ce qui m'est le plus insupportable, l'insistance à dénoncer le soit disant « pédagogisme », c'est à dire les mouvements pédagogiques qui, depuis des décennies, apportent des réponses innovantes, crédibles, raisonnables à l'échec scolaire.

Le démantèlement des fondements de l'Éducation Nationale est un processus que je ne peux accepter sans réagir. L'objet de ma lettre est de vous informer que je ne participerai pas à ce démantèlement. En conscience, je refuse de me prêter par ma collaboration active ou mon silence complice à la déconstruction d'un système, certes imparfait, mais qui a vocation à éduquer et instruire, à transmettre tout autant un « art de faire » qu'un « art de vivre », en donnant toutes ces chances à chaque élève, sans aucune distinction.

 

  • Les « nouveaux » programmes constituent une régression sans précédent. Ils tournent le dos à la pédagogie du projet qui permet aux élèves de s'impliquer dans les savoirs, de donner du sens à ce qu'ils font, de trouver des sources de motivation dans leur travail. Cette vision mécaniste et rétrograde des enseignement, qui privilégie l'apprentissage et la mémorisation, va certainement enfoncer les élèves en difficulté et accentuer l'échec scolaire. Ces programmes sont conçus pour pouvoir fournir des résultats « quantifiables, publiables et comparables ». Or, « en éducation, tout n'est pas quantifiable, ni même évaluable en termes d'acquisitions immédiatement repérables » (Philippe Meirieu). Nous sommes bien dans une logique d'entreprise et de libéralisation de l'école. Désormais, les enseignants seront évalués sur les progrès des acquis des élèves, c'est à dire sur la progression des résultats chiffrés. C'est notre liberté pédagogique qui est ainsi menacée. Dans la mesure où les programmes de 2002 n'ont fait l'objet d'aucune évaluation sérieuse et que d'autre part nous ne savons toujours pas qui a élaboré et rédigé les programmes de 2008, d'ailleurs sans aucune concertation digne de ce nom, nous sommes en présence d'un déni de démocratie et de pédagogie. Pour toutes ces raisons, je considère que ces programmes sont totalement illégitimes. C'est pourquoi en conscience, j'ai décidé de ne pas les appliquer et de continuer à travailler dans l'esprit des programmes de 2002.

 

  • Tout particulièrement, je refuse de m'inscrire dans la logique d'une « instruction morale et civique » aux relents passéistes. C'est une insulte faite aux enseignants et aux élèves de penser que l'inscription d'une règle de morale au tableau, apprise par cœur par les élèves, fera changer un tant soit peu leur comportement ! Aujourd'hui, plus que jamais nous avons besoin de mettre en place dans nos classes des dispositifs qui offrent aux élèves la possibilité de se connaître, de se rencontrer, d'échanger, de se respecter. Nous avons besoin d'une éducation au vivre ensemble, car si nous ne le faisons pas, qui le fera ? L'éducation citoyenne est l'un des piliers de l'école pour construire une société ouverte, démocratique et libérées de l'emprise de la violence. La priorité aujourd'hui est d'apprendre aux élèves à se respecter, à réguler positivement les inévitables conflits du quotidien par la parole, la coopération, la médiation. Aujourd'hui, comme hier, en conscience, j'ai fait le choix d'une éducation citoyenne qui permette aux élèves de découvrir leur potentiel créatif et émotionnel au service du mieux vivre ensemble.

 

  • La réduction du volume horaire de la semaine scolaire de 26 h à 24 h apporte des bouleversements tels dans l'organisation des écoles, qu'il faut aujourd'hui parler de désorganisation structurelle. Le dispositif d'aide personnalisée pour « les élèves en difficulté » n'est qu'un prétexte démagogique pour supprimer les RASED. Ce dispositif porte un coup fatal à la crédibilité du métier d'enseignant. En effet, de nombreuses expériences pédagogiques d'hier et d'aujourd'hui ont montré et montrent que la difficulté scolaire se traite avec efficacité avec l'ensemble du groupe-classe, dans des dynamiques de coopération, de tutorat, de travail différencié, d'ateliers de besoin, etc. Le dispositif actuel considère que la difficulté doit être traitée de façon « médicale », avec un remède individuel, en dehors de toute motivation et de tout projet de classe. C'est une grave erreur. Ce dispositif est une faute contre l'esprit et la pédagogie. Dès la rentrée, en conscience, je n'appliquerai pas ce dispositif d'aide personnalisée tel qu'il est actuellement organisé. Ces deux heures seront mises à profit pour mener à bien un projet théâtre, avec tous les élèves de la classe, répartis en demi-groupe, le mardi et le vendredi de 15 h 30 à 16 h 30, ceci avec l'accord des parents.

 

  • Les stages de remise à niveau pendant les vacances scolaires à destination des élèves de CM1 et CM2 sont eux aussi des dispositifs scandaleux et démagogiques destinés à caresser l'opinion publique dans le sens du poil. Mis en place sous le motif populiste qu'il est anormal que seuls les riches peuvent se payer des heures de soutien scolaire (dixit notre ministre), ces stages dont certains ne seront pas animés par des enseignants, ne régleront en rien l'échec scolaire. Ils sont destinés à appâter les enseignants qui souhaitent faire des heures supplémentaires avec bonne conscience, alors que dans le même temps des milliers de postes sont supprimés, aggravant ainsi les conditions de travail dans les écoles. Parce que je respecte profondément les élèves qui ont des difficultés et leurs parents et que je suis persuadé que ce dispositif est néfaste, je continuerai à refuser de transmettre des listes d'élèves pour les stages de remise à niveau.

 

  • La loi sur le service minimum d'accueil dans les écoles les jours de grève n'est pas autre chose qu'une loi de remise en question des modalités d'application du droit de grève. Il est demandé aux enseignants de se déclarer grévistes 48 h avant la grève afin que ce service minimum puisse se mettre en place. Ce qui signifie clairement que les enseignants doivent collaborer à la remise en cause du droit de grève ! On ne saurait être plus cynique ! La commune de Colomiers ayant décidé de ne pas organiser ce service minimum d'accueil des jours de grève, il devient inutile de se déclarer gréviste 48 h avant. En conscience, je ne me déclarerai pas gréviste à l'administration et j'informerai les parents trois jours avant de mon intention de faire grève.

Dans son dernier ouvrage, « Pédagogie : le devoir de résister », Philippe Meirieu écrit : « Nous avons le devoir de résister : résister, à notre échelle et partout où c'est possible, à tout ce qui humilie, assujettit et sépare. Pour transmettre ce qui grandit, libère et réunit. Notre liberté pédagogique, c'est celle de la pédagogie de la liberté. ... Nous n'avons rien à lâcher sur ces principes pédagogiques. Car ils ne relèvent pas de choix passagers de majorités politiques, mais bien de ce qui fonde, en deçà de toutes les circulaires et de toutes les réformes, le métier de professeur dans une société démocratique.
Et devant les errances de la modernité, le professeur n'a rien à rabattre de ses ambitions, bien au contraire... Face à la dictature de l'immédiateté, il doit travailler sur la temporalité. Quand, partout, on exalte la pulsion, il doit permettre l'émergence du désir. Contre les rapports de force institués, il doit promouvoir la recherche de la vérité et du bien commun. Pour contrecarrer la marchandisation de notre monde, il doit défendre le partage de la culture. Afin d'éviter la sélection par l'échec, il doit incarner l'exigence pour tous.
Personne ne prétend que la tâche est facile. Elle exige du courage. Et la force de nager à contre-courant. Il ne faut pas avoir peur de la marginalité. Car, plus que jamais et selon la belle formule de Jean Luc Godard, « c'est la marge qui tient la page. »
 »

Si aujourd'hui je décide d'entrer en résistance et même en désobéissance, c'est par nécessité. Pour faire ce métier, il est important de le faire avec conviction et motivation. C'est parce que je ne pourrai plus concilier liberté pédagogique, plaisir d'enseigner et esprit de responsabilité qu'il est de mon devoir de refuser d'appliquer ces mesures que je dénonce. Je fais le choix en pleine connaissance des risques que je prends, mais surtout dans l'espérance que cette résistance portera ces fruits. J'espère que, collectivement, nous empêcherons la mise en œuvre de ces prétendues réformes. Cette action est une action constructive car dans le même temps il s'agit aussi de mettre en place des alternatives pédagogiques concrètes, raisonnables et efficaces.

Monsieur l'Inspecteur, vous l'avez compris, cette lettre n'est pas dirigé contre vous, ni votre fonction, mais je me dois de vous l'adresser et de la faire connaître. Le propre de l'esprit responsable est d'agir à visage découvert, sans faux-fuyant, en assumant les risques inhérents à cette action. C'est ce que je fais aujourd'hui.
Je vous prie de recevoir, Monsieur l'Inspecteur, l'assurance de mes sentiments déterminés et respectueux.

Alain Refalo, professeur des écoles, École Jules Ferry, Colomiers (31)

 


Aujourd'hui 5 avril 2009, il y a 687 signatures électroniques enregistrées depuis le 4 décembre 2008

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"L'élève au centre du système éducatif"?

 

Une évidence pour toute personne préoccupée d'éducation.

Cependant  la loi d'orientation pour l'école de 1989 a cru nécessaire de l'inscrire noir sur blanc dans son introduction . Cette approche permettait de prendre  en compte toutes les différences, les inégalités avec lesquelles l'enfant et sa famille se présentent à la porte de l'Ecole. Son corollaire était " la réalisation de cet objectif demande du temps" .... donc de l'argent, pensons-nous aussitôt.
Qu'en est-il 20 ans plus tard?

Ce sont les savoirs fondamentaux qui sont au centre : "le socle commun de connaissances et de compétences institué par la loi d'orientation et de programme pour l'avenir de l'École du 23 avril 2005 est la référence indispensable autour de laquelle seront organisés tous les enseignements de ce premier niveau de la scolarité obligatoire".

Les différences ne sont pas gommées mais leur traitement est majoritairement externalisé hors du temps scolaire (soutien et aide personnalisée sur le temps  de loisir de l'enfant). En effet, l'importance de la  différenciation, sur laquelle tout le monde s'accorde,  au sein d'une classe de 25 élèves avec un seul enseignant, relève du voeu pieux. Par cette approche, les différences deviennent des anormalités qu'il faut traiter de manière chirurgicale, avec le risque incontournable d'une aggravation de la marginalisation de ces élèves.

Cette approche qui est aux antipodes de la loi d'orientation de 1989 - qui n'a pas eu les moyens financiers de son ambition - crée nécessairement du malaise chez les enseignants qui côtoient quotidiennement les élèves dits "en difficulté" et veulent  toujours croire à une autre école où la différence - et non la norme-serait une chance.

Certains de ces enseignants dépriment dans leur coin, d'autres se contentent de parler et d'autres encore posent des actes accompagnés de propositions alternatives. 

 

Nous avons choisi  le 3ème camp, forts de notre  expérience et de notre réflexion au service de l'éducation des enfants:

 

- nous refusons d'appliquer les programmes de 2008  mais avons toujours  appliqué les programmes définis par la loi de 1989 ou de 2002

- nous refusons l'inspection car elle n'est  que le contrôle de la mise en application des directives ministérielles que nous  rejetons

- nous refusons de mettre en place l'aide personnalisée  mais nous avons mis en place des ateliers de loisir le midi

- nous refusons de faire passer les évaluations nationales mais nous évaluons les progrès de nos élèves
- nous refusons de faire le soutien pendant le temps de vacances des enfants mais ils se reposent et nous aussi

- nous refusons de collaborer à la mise en place du fichier Base-élèves  mais cherchons à la bloquer par tous nos moyens

- nous refusons la chasse des élèves et des parents sans papiers mais nous les aidons
- nous refusons de nous déclarer gréviste 48h à l'avance mais nous mettons en grève s'il le faut

 

Tous ces refus ont été déclarés à l'administration locale (Inspecteur), départementale ( Inspecteur d'Académie), nationale (Ministre) par voie de courrier et font de nous des désobéisseurs.

 

Face à ces prises de position, les réponses de la hiérarchie, jusqu'à présent, n'ont été pour nous, comme pour les 2700 désobéisseurs de France, que dédain, pressions,  sanctions financières et menaces disciplinaires.

 

Aujourd'hui, un nouveau cap est franchi dans la panoplie des sanctions: puisque qu'aux pressions et aux  sanctions nous répondons: "cela ne nous atteint pas" . En effet,  nous avons fait le deuil d'être considérés par ces gens-là comme de "bons enseignants", donc le deuil de faire carrière dans l'éducation et que l'argent n'est pas une priorité dans notre vie, d'autant que la solidarité financière s'organise.

 

La hiérarchie fait le choix de nous sanctionner au travers de ce qui nous touche au plus haut point: l'intérêt des enfants!

 

Nous enseignons à l'école des Convalescents, dans le quartier de Belsunce à Marseille - école classée en "zone violence" (violence de qui?)

Nous avons soumis à notre hiérarchie un projet de classe verte à la montagne pour 12 jours au mois de juin prochain. Il concernait 40 enfants qui ne sortent pour la majorité jamais de chez eux , si ce n'est pour certains pour aller au "bled". Le tarif défiait toute concurrence, car calculé au quotient familial, soit environ 150 euros (auquel on pouvait retrancher une aide de 50 euros de la Caisse des écoles, plus les aides individuelles de la CAF) . L'orientation pédagogique se faisait essentiellement sur 2 axes: la découverte du milieu montagnard et la pratique de sports ( vélo, randonnée et escalade). Le taux d'encadrement était idyllique pour la classe: l'enseignant et 2 animateurs vie quotidienne, plus les animateurs sportifs diplômés.

Tous ces détails pour montrer que rien sur le plan pédagogique ou de la sécurité n'était attaquable.

 

Sa réponse nous est arrivée par voie de mail de manière laconique: "avis défavorable et transmission à l'Inspection Académique".

 

Cette nouvelle forme de sanction affirme le mépris ouvert pour l'intérêt des enfants de ces gens-là qui sont aux commandes de l'Education Nationale et nous conforte dans l'analyse que l'ensemble des mesures prises ne prend nullement en compte les intérêts des enfants mais sont au service d'une idéologie politique, aujourd'hui libérale.

 

Aussi avons nous décidé lors de l'AG "de la maternelle à l'université" d'informer et d'interpeller le rouage du système répressif qu'est notre Inspectrice en allant lui demander des comptes.

 

Nous appelons les enseignants, les parents, les citoyens scandalisés par cette répression à nous rejoindre :

 

MERCREDI 8 AVRIL, 9H30, sortie du métro rond point du Prado, côté stade vélodrome

 

Christine Jousset - Erwan Redon - école des Convalescents - Marseille 1er

Marseille le 5 avril 2009.

 

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